Du commerce au Product Design, Pauline incarne ces parcours atypiques qui font la richesse des métiers du digital. Aujourd’hui Product Designer et intervenante en UI Design à l’ESD, elle partage avec ses étudiants bien plus que des compétences techniques : une méthode, une exigence et une vision claire de la réalité du marché.
Dans cette interview, elle revient sur son parcours, sa pédagogie, l’évolution du métier face à l’IA et les conseils qu’elle donne aux futurs designers pour se démarquer dans un secteur en constante transformation.
Peux-tu te présenter ? Quel est ton parcours et ce qui t’a menée à ton poste actuel dans le web design ?
Je m’appelle Pauline, j’ai 30 ans. J’ai beaucoup bougé et voyagé avant de revenir près de ma famille, sur le Bassin d’Arcachon. J’ai commencé mon parcours par un Bac Pro Vente, suivi d’un BTS Gestionnaire Commercial spécialisé sport, en alternance chez Quiksilver. Mon mémoire portait sur l’unification des canaux de distribution : à l’époque, les ventes en boutique et sur le site e-commerce étaient totalement séparées. Un produit acheté en ligne ne pouvait pas être retourné en magasin, ni livré en boutique. Le click & collect commençait tout juste à émerger.
J’ai donc proposé la mise en place de ce service afin de simplifier et d’améliorer le parcours utilisateur. En collaborant étroitement avec les équipes web, j’ai eu envie d’approfondir ce domaine. J’ai alors poursuivi avec une troisième année de licence en tant que chef de projet marketing web. Cette formation m’a permis de découvrir les différents métiers du web, et plus particulièrement le web design, grâce à une professeure australienne inspirante. J’ai ensuite décidé de partir un an en Australie. À mon retour, j’ai intégré un master en UX Design à l’ESD, que j’ai terminé major de promotion, malgré un parcours atypique. J’ai poursuivi en CDI dans mon entreprise d’alternance, Poool. Aujourd’hui, je suis Product Designer chez Poool, freelance en tant que designer graphique, et intervenante à l’ESD où je donne des cours de UI Design auprès de plusieurs promotions.
Quelle est ton expertise principale aujourd’hui, et qu’est-ce qui te passionne le plus dans ton métier ?
Aujourd’hui, mon expertise principale se situe en Product Design, avec une forte spécialisation en UX/UI et en conception de parcours utilisateurs utiles, simples et cohérents.
Cependant, ce qui me passionne le plus aujourd’hui, c’est la transmission auprès des étudiants. C’est à la fois très enrichissant humainement et stimulant intellectuellement, car cela me permet de sortir de ma routine professionnelle, de rester en veille constante et d’aller chercher de nouvelles idées, techniques et tendances que je peux ensuite partager avec eux.
Comment as-tu rejoint l’ESD en tant qu’intervenante ? Qu’est-ce qui t’a motivée à enseigner dans une école du digital ?
À la fin de mon master, la directrice de l’époque m’avait proposé de rejoindre l’équipe, mais je ne me sentais pas légitime et me trouvais trop junior. Deux ans plus tard, une personne de l’équipe pédagogique m’a recontactée, et je me suis dit : «Allez, pourquoi pas ? Ça peut être une expérience vraiment intéressante».
Quelles matières enseignes-tu à l’ESD ? Comment sont structurés tes cours (format,méthodologie, projets...) ?
J’enseigne l’UI Design, et plus particulièrement l’approfondissement des connaissances des étudiants sur Figma. Le contenu du cours s’adapte beaucoup au niveau de la classe. Cette année, avec les B1, j’ai commencé par environ deux à trois heures de méthodologie : qu’est-ce que le design, la différence entre UI et UX, les fondamentaux de l’UI, les bonnes pratiques, quelques tips, etc. Ensuite, j’ai fait une démonstration de Figma, puis les étudiants ont progressivement pris en main l’outil.
Nous avons utilisé Airbnb comme cas d’étude, en recréant à l’identique le design system ainsi que certains éléments de la page d’accueil, afin d’apprendre à concevoir correctement des composants comme un bouton, une card, une barre de recherche, etc., en respectant les bonnes pratiques.
À l’inverse, avec les M1, j’ai directement lancé un projet afin d’évaluer leur niveau et d’adapter le cours en fonction de leurs acquis, et de déterminer s’il était nécessaire de revenir sur certains points. J’intègre aussi régulièrement le jeu des briefs créatifs, imaginé par un designer, dans lequel chaque étudiant tire au sort un support, une contrainte et un sujet. Cela permet de stimuler la créativité et de varier les approches.
Mon objectif est que chaque étudiant prenne du plaisir dans ses projets, qu’il soit fier de ce qu’il produit et qu’il puisse valoriser ses compétences pour ses stages ou son alternance.
Proposes-tu à tes étudiants des projets concrets ou de vrais cas clients ? Peux-tu nous donner un exemple de brief ou de projet ?
Non jamais de vrai projet, seulement des briefs que j’imagine ou m’inspire justement du jeux cité au-dessus. Exemple l’année dernière les B2 avait comme brief : Passionnée par le café et les voyages, Victoire a combiné ses deux univers en créant son propre coffee shop, où elle propose des formations de barista accompagnées de cafés soigneusement sélectionnés aux quatre coins du monde.
Objectif : Créer site internet, où Victoire pourra proposer des formations de Barista, une section e-commerce dédiée à la vente de cafés du monde entier et une partie blog ou elle partage ses expériences et voyages.
Quelles compétences techniques et créatives tes étudiants développent-ils grâce à tes cours ?
Comme cité ci-dessus, je dirais leurs techniques sur Figma.
Et côté soft skills : quelles attitudes professionnelles (écoute, gestion de projet, collaboration...) encourages-tu particulièrement ? J’essaie avant tout de transmettre des attitudes qui leur seront utiles bien au-delà des outils ou des compétences techniques.
J’encourage beaucoup l’écoute, la curiosité et la capacité à comprendre un besoin avant de chercher une solution. Je mets également l’accent sur le travail en équipe et la gestion du feedback : savoir expliquer ses choix, accepter la critique sans la prendre personnellement et apprendre à s’améliorer en continu. J’insiste aussi sur l’importance d’une bonne organisation des projets bien nommer et structurer ses fichiers car en contexte collaboratif, il est essentiel que chacun puisse retrouver rapidement et facilement les éléments dont il a besoin.
Comment vois-tu évoluer les métiers du web design et du digital avec l’arrivée de l’IA et des nouveaux outils ?
Très honnêtement, ça me fait parfois un peu peur. J’ai l’impression que la vraie valeur du designer peut se perdre, parce qu’avec l’IA, beaucoup de gens pensent maintenant qu’ils peuvent faire un logo ou du design « facilement ». Du coup, j’ai peur que certains métiers passent dans l’ombre de l’IA dans les prochaines années.
Comment adaptes-tu ta pédagogie pour préparer les étudiants à ces transformations?
Je n’ai pas encore travaillé sur ce sujet avec eux, car pour le moment je pratique essentiellement des design system / refonte avec eux, et je pense pas que l’IA soit encore capable de cela.
Y a-t-il un étudiant ou un projet dont tu es particulièrement fière et qui illustre bien le niveau atteint à l’ESD ?
Oui, il y en a plusieurs, mais je pense surtout à Léna Ducos en Bachelor 2, ou encore Elisa Clerc en Bachelor 3 l’année dernière.
Leurs rendus de projets étaient dignes de professionnels : c’est toujours un vrai plaisir de voir d’aussi beaux travaux, et je suis très fière qu’elles aient su mettre en pratique tout ce que nous avons vu ensemble dans leurs projets.